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 Chronique de l'album Dirt de ALICE IN CHAINS 
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Junkhead1980
Délinquant (Sans-tribus)

Homme Inscrit le : 13 juin 10
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MessageSujet: Chronique de l'album Dirt de ALICE IN CHAINS   Heure du post :dim. 13 juin 10 - 17:09

La fin des années 1980 et le début des années 1990 voient l’émergence d’une nouvelle scène à SEATTLE, dont le principal porte-drapeau, NIRVANA, obtient un succès colossal avec son album Nevermind paru en 1991. Ce triomphe a certainement contribué à éclipser Dirt d’ALICE IN CHAINS, sorti l’année suivante. Cete formation occupe cependant une place à part parmi les grands noms de la scène de SEATTLE.

En effet, s’il est apparu commode de rattacher ALICE IN CHAINS au courant grunge, notamment en raison de la voix accablée et des textes de son chanteur Layne STALEY (1967/2002), qui évoquent principalement le mal de vivre, la maladie ou encore la dépendance aux drogues, les racines de ce combo sont plutôt à rechercher dans des courants plus spécifiquement métal. Le guitariste Jerry CANTRELL est influencé par des artistes tels que VAN HALEN et s’accorde régulièrement en « Drop D » bémol, procédé fort utilisé par la suite par des artistes neo-métal tels que LINKIN PARK.

Les influences métal d’ALICE IN CHAINS apparaissent déjà clairement sur leur premier effort Facelift, paru en 1990. De nombreux extraits de l’album sont assis sur des rythmiques dures, notamment « Man in the Box ». La noirceur des thèmes est évidente dès le morceau d’ouverture, « We Die Young ». Facelift est accueilli favorablement par la critique, mais leur véritable chef-d’œuvre est Dirt, album qui les consacrera comme un très grand nom du métal.
La tonalité générale de l’album est particulièrement dépressive. « Them Bones », qui ouvre l’album, donne immédiatement le ton par son intro qui crée un climat pesant et malsain. Les couplets, où Jerry CANTRELL assène un riff lancinant qui accompagne la voix lugubre de Layne STALEY, engendrent le même sentiment d’oppression.

Dirt présente une inspiration nettement métal. Les morceaux sont interprétés sur des tempos variés. Ainsi, « Would ? », l’un des sommets de l’album, et plus encore « Dam that River », s’appuient sur des riffs lourds exécutés à des tempos relativement élevés. Certaines plages se révèlent en revanche plus lentes, à la manière de certains titres de BLACK SABBATH, notamment « Rain When I Die », « Junkhead » et le morceau-titre « Dirt », peut-être l’extrait le plus « métal » de l’album. Jerry CANTRELL y utilise une distorsion particulièrement sale et cisèle des riffs entêtants.

Signalons que le guitariste est particulièrement inspiré lors des solos. Il fait notamment montre de sa virtuosité sur le solo de « Them Bones », à la fin duquel il interprète des plans legato ultra-rapides. Le tempo lent de « Dirt » lui permet de signer un solo empreint de feeling. La technique dont fait preuve Jerry CANTRELL ne doit pas faire oublier ses grands talents de mélodiste, mis en valeur par la délicate partie lead qui clôt « Rooster », où dominent les figures rythmiques longues.

Certains morceaux de Dirt alternent les ambiances. Ainsi, sur « Sickman » le tempo de la redoutable intro et des refrains est relativement élevé, mais les couplets sont interprétés sur un « beat » lent sur lequel les guitares effectuent des arpèges en son saturé. Les intervalles créent des dissonances assez effrayantes pour l’auditeur et accompagnent à merveille la voix accablée de Layne STALEY, particulièrement de circonstance sur ce titre qui évoque l’agonie d’un mourant.

Sur le plan technique, les autres membres du groupe ne sont pas en reste. L’intro de basse de « Would ? » met en valeur le talent de Mike STARR. Quant à la batterie de Sean KINNEY, elle imprime des directions originales. On peut citer « Them Bones », dont la partition fait alterner de subtiles formules rythmiques en 7/8 avec la bien plus classique pulsation en 4/4. De la même manière, la métrique n’est pas constante sur « Sickman », passant d’un classique 4/4 à des mesures en 6/8.

Dans la catégorie des ballades mélancoliques, le poignant « Down in a Hole » sort du lot. Cependant ce morceau évolue, présentant des refrains où intervient une distorsion plutôt métal. Il prend fin sur un solo de guitare assez lyrique.

Dans le même ordre d’idées, le superbe « Rooster », inspiré de l’expérience de Jerry CANTRELL Sr., vétéran du Vietnam, débute sur une rythmique lente constituée d’accords ouverts. L’effet de chorus utilisé par le guitariste renforce l’aspect mélancolique de cette partie. Ensuite, « Rooster » prend une tournure hard-rock par ses refrains, ainsi que son solo en octaves appuyés par une pédale Wah-Wah. A noter sur ce titre, la frappe martiale pleine d’à-propos de Sean KINNEY.

Si les instrumentistes sont inspirés, Layne STALEY se montre tout aussi brillant. Sa performance vocale force l’admiration sur les refrains de « Would ? » L’auditeur est fasciné par la noirceur qui transparaît en permanence dans sa voix, qu’elle soit plaintive – « Hate to Feel » – ou désespérée – « Angry Chair », ou encore les refrains de « Down in a Hole ». Le chant de Layne STALEY s’harmonise remarquablement avec la belle voix grave de Jerry CANTRELL, comme l’illustrent les titres « Down in a Hole » et « Would ? ».

L’écoute des paroles ne fait que confirmer l’interprétation du chanteur principal. Dirt est en effet consacré principalement aux thèmes de la drogue et du mal de vivre. Les textes font fréquemment référence à la drogue, ainsi « Godsmack » où on entend « Stick your arm for some real fun. ». Le thème de la dépendance, ainsi que l’impossibilité pour quiconque n’en est pas victime de comprendre la souffrance qu’elle engendre, apparaît dans ces vers de « Junkhead » : « You can’t understand a user’s mind. But try with your books and degrees. ». Le combat contre cette addiction semble perdu d’avance quand Layne STALEY chante de façon poignante sur « Would ? » : « So I made a big mistake » et même : « Have I run too far to get home ? ».

Par ailleurs, la thématique de la mort se révèle omniprésente. Naissance et trépas se rejoignent même au travers de plusieurs textes. Dès le deuxième vers de « Them Bones », Layne STALEY assène : « Some say we’re born into the grave. ». D’une voix désespérée, il entame « Down in a Hole » en suppliant d’être enterré dans son berceau : « Bury me softly in this womb ».

« Sickman » évoque plus clairement encore la mort. Ce titre est interprété du point de vue d’une personne agonisante et décrit les sensations par lesquelles elle passe. L’écoute des paroles glace le sang, tant l’hystérie à l’idée de trouver le repos s’empare du narrateur : « Lucky then I’ll be / In one day decesead ». Il semble par ailleurs subir des hallucinations quand il s’écrie : « What the hell am I/Thousand eyes a fly ». Ces sensations font place à l’abattement : « Can’t you see the end ? » et même à l’effroi : « drown these thoughts ».

Dans le même registre, le thème de l’envie d’en finir : « I want you to kill me, and dig me under. I wanna live no more. », « A stinging pistol, in my mouth, on my tongue », constitue le sujet du très sombre morceau titre. Dans l’univers d’ALICE IN CHAINS tel que le révèle Dirt, la vie semble effectivement n’être que souffrance. Ainsi Layne STALEY déclare sur « Angry Chair » : « Field of pain is where I graze ». La simple vue de son reflet suffit à faire naître chez lui un sentiment de dégoût de soi ainsi qu’un profond désespoir : « Saw my reflection and cried, hey. So little hope that I died ».

« Down in a Hole » fait apparaître une véritable fascination pour la mort. Le vers « See my heart and I decorate it like a grave » semble faire écho à l’absurdité de la condition humaine. « Junkhead » défend ainsi une thèse selon laquelle les symboles de réussite reconnus par la société n’ont aucun sens et que la vie terrestre, matérielle, ne permet aucun épanouissement : « Money, status, nothing to me, ‘cause your life’s empty and bare.». La drogue y est présentée comme une autre échappatoire à la condition humaine. Cependant, si ce titre reprend l’idée classique de l’élévation de l’esprit permise par l’absorption de drogues, le groupe ne fait absolument pas l’apologie des paradis artificiels, comme l’illustre le ton ironique de STALEY quand il chante : « Are you happy ? I am, man. Content and fully aware. ».

Pour résumer, Dirt apparaît comme une œuvre magistrale qui assène une véritable claque à l’auditeur, qui ne peut que regretter que la discographie d’ALICE IN CHAINS ne comporte que trois « LPs », même si l’EP Jar of Flies, dont est extrait le superbe « Nutshell », constitue une autre réussite majeure. Trois ans après, en 1995, leur opus éponyme parfois surnommé « Tripod » ou « Le Chien à trois pattes » en raison de sa pochette, sera le dernier disque enregistré en studio du vivant de Layne STALEY qui tirera sa révérence en avril 2002, victime, ironie du sort, d’une overdose. Depuis, sa voix superbe ne cesse de nous manquer.

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Junkhead1980
niveau 2Louvrebouate
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MessageSujet: Re : Chronique de l'album Dirt de ALICE IN CHAINS   Heure du post :dim. 13 juin 10 - 20:38

Merci pour cette chro. Bien sympa, et très bon album... qu eje ne cesse d'écouter.

R.I.P. à notre bon vieux Layne encore une fois.

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Junkhead1980
Délinquant (Sans-tribus)

Homme Inscrit le : 13 juin 10
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MessageSujet: Re : Chronique de l'album Dirt de ALICE IN CHAINS   Heure du post :mar. 15 juin 10 - 14:36

" Merci pour cette chro. Bien sympa, et très bon album... qu eje ne cesse d'écouter.

R.I.P. à notre bon vieux Layne encore une fois. "


Je suis content que cette chro t'ait plu ! C'est franchement dommage que pas mal de fans de metal ne connaissent pas Alice in Chains...

Amitiés. Junkhead1980

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Junkhead1980
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